L’héritage réformateur du Dr Adam Fofana : des projets à poursuivre
Le mouvement islamique et l’appel religieux (da’wah) en Côte d’Ivoire ont, au cours de leur histoire contemporaine, vu émerger des figures de proue, des savants et des leaders engagés dans la réforme sociale. Animés par une vision claire et une lecture prospective des besoins de la société, ces hommes ont gagné le respect de tous.
Parmi eux se trouvait le Dr Adam Fofana, un réformateur talentueux, décédé le jeudi 12 Dhul-Hijjah 1442 H (22 juillet 2021). Il laisse derrière lui de nombreux projets éducatifs et religieux. Leur poursuite constitue aujourd’hui un défi majeur pour sa famille et ses proches. Quels sont ces projets et comment peuvent-ils être menés à terme ? Voici une présentation synthétique des principaux axes.
1. Le projet de la famille musulmane
L’expérience montre que les familles de savants réformateurs peuvent devenir les premières victimes après leur décès : conflits anciens, négligence, spoliation, ou abandon du chemin éducatif voulu par le défunt. Ce risque de dislocation familiale compromet le projet même de la famille musulmane. Bien que la famille Fofana soit connue pour sa piété et sa noblesse, il est essentiel d’assurer la continuité de la vision éducative du Dr Fofana envers ses enfants et épouses.
2. L’Université Islamique Al-Birr
Profondément préoccupé par l’avenir des jeunes musulmans, le Dr Fofana fonda, avec l’aide de partenaires internationaux, l’Université Islamique Al-Birr à Bouaké il y a trois ans. Malgré l’état embryonnaire des infrastructures, l’enseignement y avait déjà commencé, répondant à une demande pressante. La continuité de cette institution incombe aujourd’hui à sa famille, ses collègues et aux dirigeants de l’université. Il serait d’ailleurs opportun de rebaptiser l’établissement en “Université Islamique Adam Fofana”.
3. L’engagement dans les institutions salafistes
Le courant salafiste, représenté par l’AMSCI, a connu un développement qualitatif et une stabilité idéologique ces dix dernières années. Cela est dû au retour de diplômés des universités islamiques, en particulier d’Arabie Saoudite, occupant des postes-clés. Le Dr Adam Fofana en faisait partie, en tant que président de l’Académie Nationale des Oulémas (ANAO), la plus haute instance religieuse du pays. Trouver son remplaçant est un défi crucial, non seulement pour le mouvement salafiste, mais pour toute la communauté musulmane ivoirienne.
4. L’Université Islamique Al-Furqan
Doyen de la faculté de charia à l’Université Islamique Al-Furqan à Abidjan, le Dr Fofana a largement contribué à son développement. Son départ crée un vide tant académique que directionnel. Une réévaluation des orientations s’impose. Il serait judicieux de nommer une salle de cours en son honneur.
5. La mosquée Mus’ab Ibn Umair
Fondateur et imam de la mosquée Mus’ab Ibn Umair dans le quartier Riviera Palmeraie, le Dr Fofana y animait régulièrement des cercles d’étude hebdomadaires. Il est indispensable que ses adjoints et le comité de la mosquée maintiennent cette tradition éducative, quitte à faire appel à des érudits externes.
Conclusion
Malgré leurs différences, les organisations islamiques ivoiriennes coopèrent avec une intelligence collective remarquable. Cela s’est manifesté avec éclat lors des funérailles du Dr Fofana, réunissant toutes les entités islamiques nationales, quelles que soient leurs tendances. Ce climat d’unité est un signe encourageant. Il montre que l’unité musulmane est possible, et que les réformateurs doivent en être les artisans.
Qu’Allah accorde Sa miséricorde au Dr Adam Fofana, l’élève parmi les vertueux et accorde patience et consolation à sa famille. Nous sommes à Allah et c’est vers Lui que nous retournons.
— Dr. Hassan Cissé, Université Islamique Al-Furqan, Abidjan