Appel des États du Golfe au soutien de l’État soudanais et au renforcement du partenariat du Golfe

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Les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) partagent l’opinion selon laquelle Washington est pleinement conscient des implications politiques et sécuritaires de l’accroissement de la présence iranienne dans la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb. Si cette présence venait à s’intensifier, Washington est considéré comme la partie la plus à même de comprendre les conséquences potentielles et d’y faire face ou de les atténuer. Par conséquent, la question qui se pose pour le Golfe est la suivante : « Le manque de sérieux dans l’initiative diplomatique américaine visant à arrêter la guerre au Soudan relevait-il d’une stratégie américaine visant à modifier les règles du jeu dans la mer Rouge et à Bab el-Mandeb, en incitant potentiellement Khartoum à se tourner vers Téhéran, donnant ainsi à l’Iran une opportunité de renforcer sa présence régionale et de maintenir la possibilité d’une confrontation militaire entre l’Iran et les États du Golfe comme « carte de pression », surtout si le rapprochement sino-russo-golfique progresse au détriment de Washington ? » Cette question est particulièrement pertinente dans le contexte de la perte de confiance des États du Golfe envers leur allié traditionnel, suite à l’attaque israélienne contre Doha, et de l’émergence de l’hypothèse du Golfe concernant « la fragilité du secret national et la capacité croissante de certains acteurs à accéder aux centres de décision et aux informations sensibles, avec la possibilité d’agir sur le plan national ».
 
D’un point de vue africain, les divergences politiques entre les États du Golfe concernant la situation au Soudan expliquent en partie la lenteur historique de l’engagement diplomatique américain dans le dossier soudanais. Le récent activisme diplomatique américain n’a pas été motivé par un engagement sincère à mettre fin à la guerre, mais plutôt par la volonté de limiter les opérations militaires soudanaises, réduisant ainsi leur influence positive sur la conscience collective sur le terrain et sur la perception publique des institutions nationales et de leur rôle dans la protection des ressources et acquis du pays.
 
Les développements politiques et sécuritaires accélérés autour du Soudan et de ses voisins confirment que l’institution militaire soudanaise est le représentant principal et ultime de la légitimité de l’État national soudanais dans la communauté internationale, pour une durée indéterminée. Même si les dirigeants militaires actuels acceptaient d’engager certaines instances civiles dans la gouvernance, cela ne se concrétiserait pas. Le Soudan, sorti d’une guerre féroce où sa souveraineté a été contestée par de grandes puissances internationales, n’est pas encore prêt à l’instauration d’une gouvernance civile véritable à court ou moyen terme. Cette réalité est reconnue par la société soudanaise, car la consolidation d’un gouvernement civil exige d’abord un large consensus populaire et une direction civile politiquement consciente, priorisant l’intérêt national avant l’établissement de la citoyenneté. Le concept d’autorité au Soudan post-conflit est comparable à celui des États politiquement expérimentés, opérationnellement aguerris et historiquement conscients, et diffère fondamentalement de celui des autres nations qui surmontent encore principalement des obstacles auto-imposés.
 
Il existe des contradictions et intersections politiques subtiles au sein de l’État soudanais. Bien que les décideurs du Golfe les reconnaissent, ils ne sont pas prêts à en assumer seuls les conséquences, ce qui rend nécessaire la consultation et le consensus pour adopter une stratégie golfe-unifiée pour le Soudan post-conflit. Les décideurs doivent considérer les faits suivants pour protéger l’avenir de l’engagement du Golfe en Afrique :
 
Fait premier : Une large partie des composantes militaires et civiles affiliées au gouvernement des Forces de soutien rapide (RSF) « Tasis » considère qu’il n’existe pas de leadership soudanais « national » sur lequel s’appuyer à court ou moyen terme. De plus, les hauts dirigeants manquent de connaissances précises des stratégies de sécurité et de renseignement selon la perspective occidentale, en particulier pour l’Afrique, ce qui affaiblit la confiance dans la continuité gouvernementale. La perception internationale renforce cette vision, considérant que le RSF n’a pas de réelle autorité. Sans le désordre interne du groupe, les acteurs externes n’auraient pas tenté de l’exploiter pour saper l’État national sous prétexte de marginalisation.
 
Fait deuxième : Les voisins régionaux du Soudan reconnaissent un nouvel équilibre des pouvoirs en Afrique de l’Est et il est préférable de s’engager de manière constructive. Le succès des Forces armées soudanaises dans la gestion de cette guerre multi-facettes a des implications stratégiques, sécuritaires et politiques pour tous les États voisins. Ces pays considèrent donc nécessaire l’établissement d’une alliance africaine « militaire et de renseignement ».
 
Fait troisième : L’« Alliance Samoud » dirigée par le Dr Abdullah Hamdok fonctionne comme le bras civil de l’alliance militaire RSF-Tasis dirigée par Hemeti. Comme l’a noté Said al-Sadiq al-Mahdi, Secrétaire général de Samoud, le dialogue avec Tasis fait partie de la vision politique pour atteindre la paix. Bien que les détails de ce dialogue soient flous, les deux parties sont conscientes que les visions externes ont façonné leur environnement post-Bashir, créant des opportunités pour reconfigurer les conflits nationaux.
 
Vers un sommet soudano-golfeen (recommandations proposées) :
•Souligner la souveraineté du Soudan dans toutes les instances régionales et internationales, soutenir sa stabilité, son indépendance nationale, l’intégrité de son territoire et ses institutions, et traiter tous les facteurs sous-jacents de déstabilisation pour prévenir l’exploitation par des acteurs externes et régionaux. Promouvoir la campagne nationale de redressement et identifier des points de convergence pour unifier les perspectives du Golfe sur le dossier soudanais, établir des mesures de coopération pour arrêter la guerre et contenir la crise. En cas d’échec, les États du Golfe porteront une part de responsabilité pour les développements sécuritaires et politiques dans la mer Rouge et Bab el-Mandeb, s’étendant à la Corne de l’Afrique, créant potentiellement des conditions géopolitiques imprévues.
•Développer des programmes de coopération académique et militaire spécialisés entre les Forces armées soudanaises et les académies de défense nationale du Golfe, en s’appuyant sur l’expérience opérationnelle soudanaise dans la guerre récente contre les milices RSF multinationales, en intégrant de nouveaux modules sur les menaces posées par les groupes illégaux et insurgés et les mécanismes pour y faire face.
•Promouvoir la coopération culturelle et médiatique entre le ministère soudanais de l’Information et les institutions de diffusion du Golfe, en produisant des programmes conjoints valorisant l’histoire, l’art et le patrimoine soudanais, renforçant ainsi l’influence diplomatique du Golfe en Afrique.
•Étendre les projets de services financés par le Golfe au Soudan, en particulier dans les zones touchées par le conflit récent, et établir des comités soudano-golfeens pour superviser hôpitaux, écoles, universités, institutions religieuses, associations caritatives et organisations humanitaires.
 

Dr. Amina Al-Araimi

Chercheuse émiratie en affaires africaines

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