Quelques jours avant la visite du général de corps d’armée Shamseddine Kabbashi dans les pays du Sahel africain en juin dernier, j’ai été invitée en tant qu’intervenante dans l’une des plateformes médiatiques africaines francophones, dans un pays d’Afrique de l’Ouest. Bien que le sujet initialement convenu pour la rencontre soit l’avenir des relations entre le Golfe et l’Afrique et les mécanismes de leur développement, l’intervieweur africain m’a demandé si je pouvais modifier le sujet de l’entretien pour mettre en lumière la visite du général Kabbashi en Afrique de l’Ouest, car cet événement semblait être l’un des plus importants pour l’Afrique, et il est certain qu’il ajouterait une nouvelle dimension stratégique à l’avenir des relations soudano-africaines. Dès que j’ai accepté, il m’a posé la question suivante : “Était-il nécessaire qu’une guerre éclate au Soudan pour que Khartoum se tourne enfin vers l’ouest ?” Et pourquoi tant de respect historique des Africains envers le Soudan en particulier ? Dès que cette question a atteint mes oreilles, une flamme de réflexion s’est allumée en moi, me poussant à reconsidérer la perception des Africains de l’Afrique de l’Ouest francophone du Soudan, une perception qui diffère radicalement de celle des Africains arabophones de la même région. Nous en parlerons dans une future discussion.
La visite du président du Conseil souverain de transition, le général Abdel Fattah al-Burhan, en Afrique de l’Ouest, qui inclura “le Mali, le Sénégal, la Guinée-Bissau et la Sierra Leone”, n’est qu’une prolongation de la visite du général Kabbashi dans les pays du Sahel en juin dernier, renforçant ainsi la nouvelle stratégie du Soudan vis-à-vis des pays d’Afrique de l’Ouest. Ces pays, avec leurs régimes politiques variés, ont depuis des décennies cherché à rapprocher et à coopérer avec Khartoum. Cependant, les divergences politiques ont éloigné le Soudan de ses voisins régionaux. Il ne faudra pas beaucoup d’efforts à Khartoum pour y parvenir, comme en témoigne la réaction des médias africains qui ont annoncé la visite du général “Al-Burhan” aujourd’hui dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, avec la phrase “Accueillir ne suffit pas”, une expression fréquemment utilisée par certaines élites politiques d’Afrique de l’Ouest lorsque des dirigeants politiques populaires et bien accueillis leur rendent visite.
Je pense que Khartoum devrait exploiter cette visite importante pour les tâches suivantes :
- Au Sénégal : Il serait recommandé de rencontrer le général “El Hadji Daouda”, un homme clé du renseignement dans le gouvernement du président sénégalais “Bacirou Faye”. “Daouda” a mis en place en 2022 de nouveaux mécanismes pour la coopération sécuritaire entre les agences de renseignement africaines.
- Rencontrer le “Club des Investisseurs Sénégalais”, un bras influent soutenant le Premier ministre sénégalais “Ousmane Sonko”, qui a soutenu Sonko depuis ses années d’opposition au président sortant “Macky Sall”.
- Le Soudan et le Sénégal partagent une forte présence de confréries soufies dans la vie sociale, un facteur culturel influent. Il serait utile de développer les outils de diplomatie douce dans ce domaine, en envoyant des délégations religieuses soudanaises à “Touba”, un centre religieux au Sénégal, afin de renforcer la coopération bilatérale.
- En Guinée-Bissau : Explorer les activités de l’ex-premier ministre guinéen “Domingos Pereira” et ses efforts pour influencer la politique interne de la Guinée, notamment en relation avec la situation au Sénégal.
- Au Mali : Convaincre les dirigeants politiques de Bamako d’adopter une politique de sécurité alignée sur les nouvelles stratégies régionales telles que “Liptako Gourma”, ce qui rapprocherait le Soudan des autres pays du Sahel. La coopération croissante du Soudan avec la Russie pourrait faciliter cette démarche.
Cette visite devrait aussi inclure des actions diplomatiques pour consolider la présence du Soudan dans ces pays et utiliser les relations et les échanges politiques et culturels pour contrer la menace croissante des milices transfrontalières.
Activer le rôle des missions diplomatiques soudanaises dans tous les pays de l’Afrique de l’Ouest, ce qui facilitera la participation des membres de ces missions ou de leurs représentants aux séminaires organisés pour discuter du dossier soudanais dans certaines capitales francophones. Cela permettrait de clarifier la gravité des projets des milices des Forces de soutien rapide transfrontalières et leur rôle dans la division de l’État-nation, un processus qui ne se limitera pas aux frontières du Soudan, mais s’étendra également aux pays du Sahel et de leurs voisins.
En Sierra Leone : discuter de l’intention de la Sierra Leone de participer avec ses forces armées aux missions de maintien de la paix des Nations Unies au Soudan du Sud et en Éthiopie.
En Guinée-Bissau : prendre connaissance des activités de l’ex-Premier ministre bissau-guinéen “Domingos Pereira”, qui a formé un parlement bissau-guinéen en exil (Portugal) et qui tente de convaincre le gouvernement du président sénégalais “Macky Sall” d’influencer le président bissau-guinéen “Umaro Sissoco Embaló” pour revenir au système constitutionnel. Cela place les relations entre Bissau et Dakar sous une phase de prudence et de méfiance, en raison des liens de “Pereira” avec l’exécutif sénégalais.
Sécuritairement :
Mobiliser les factions et les éléments de l’appareil populaire soudanais présents partout dans le pays et les rediriger vers l’Afrique de l’Ouest, en vue de contrer le projet des Forces de soutien rapide transfrontalières ou ce que l’on appelle “l’État arabe étendu”. Il s’agit également d’empêcher toute tentative menée par le commandant en chef des cinq brigades des milices de soutien rapide du Darfour, “Issam al-Din Saleh Fadel”, après la mort du général “Ali Yaacoub”. Ces factions ont contribué à l’entraînement et au développement de nombreuses factions armées “nationales” africaines dans plusieurs pays du continent, ce qui facilitera leur tâche.
Envoyer une délégation sécuritaire soudanaise pour observer toutes les opérations de sécurité, allant des Grands Lacs à l’Afrique de l’Ouest, concernant le trafic de groupes soutenant les milices des Forces de soutien rapide, et impliqués dans des opérations militaires contre l’armée soudanaise. Cela pourrait être un moyen efficace de renforcer et développer les institutions de sécurité soudanaises, ce qui aura un impact positif sur les relations de Khartoum avec ses voisins régionaux, conformément à la vision sécuritaire du Soudan pour contrer l’activité des milices des Forces de soutien rapide.
Culturellement :
Organiser une rencontre avec les étudiants africains diplômés des universités soudanaises et veiller à rencontrer toutes les promotions, car cela joue un rôle essentiel dans le développement des outils de la diplomatie soudanaise. Ces étudiants peuvent aussi être investis de rôles de soutien à la nouvelle stratégie soudanaise en Afrique de l’Ouest grâce à leur large connaissance des cultures de ces sociétés.
Organiser une rencontre avec les présidents et membres des conseils de l’amitié africaine, ou ce que l’on appelle en français “Honneur africain”, qui sont loyaux aux institutions académiques et éducatives soudanaises, et qui ont réussi à atteindre des postes élevés dans leurs pays. Cela se manifeste notamment par l’apparition du projet intitulé en français “Développement institutionnel dans les ministères souverains”, qui est dirigé par les diplômés des institutions académiques soudanaises et qui s’occupent du dossier des relations inter-africaines.
Médiatiquement :
Renforcer la présence médiatique soudanaise dans les médias africains, car cela revêt une grande importance pour transmettre l’image fidèle de la situation soudanaise. Pour obtenir des résultats rapides, je pense que Khartoum devrait activer les activités de la chaîne “Al-Alamiya”, rendant hommage à la Faculté de communication et des médias de l’Université Africaine Internationale. Cette chaîne joue un rôle crucial dans le développement des étudiants africains inscrits, qui travaillent désormais dans des chaînes de médias influentes dans leurs pays et peuvent être utilisés pour transmettre la voix du Soudan aux communautés d’Afrique de l’Ouest dans toutes les langues.
ما بين السودان والسودان الغربي “تقارب طال إنتظاره”

