“Oum Dafouk” revient sur le devant de la scène, qu’est ce que cela signifie ?!

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La tribu Gbaya, ancienne et prestigieuse de l’Oubangui Chari, connue aujourd’hui sous le nom de République centrafricaine, a hérité d’une sagesse ancienne qui dit : « Il n’est pas honteux de tomber face aux montagnes, mais la honte absolue est de nier leur solidité»

 

L’administration du président Faustin-Archange Touadéra a devancé tous les pays voisins du Soudan dans l’évaluation de la guerre menée par l’armée soudanaise contre la milice des Forces de soutien rapide. Malgré l’opacité de la position de Bangui sur la crise soudanaise  ou disons sa complicité, sa proximité géographique avec le Soudan l’a mise dans une situation d’encerclement local, sécuritaire et de renseignement en raison de cette même complicité. Elle n’a d’autre choix que de briser cet encerclement via Khartoum. Ceci s’applique à l’ensemble des pays voisins du Soudan, même si Bangui est la plus courageuse dans son recul et son aveu d’un mauvais calcul qui, autrefois, misait sur la milice des Forces de soutien rapide.

 

Il existe une conviction ancienne, s’étendant de Bangui à N’Djamena jusqu’à Addis-Abeba, selon laquelle la consolidation ou l’affaiblissement de leur sécurité nationale dépend de leur proximité ou éloignement par rapport à Khartoum. Cela constitue une opportunité non seulement pour Bangui, qui cherche à obtenir la satisfaction de Khartoum via la porte russe, mais aussi pour le Soudan afin de poursuivre la réorganisation de ses relations régionales.

 

Après la réussite de l’armée soudanaise dans la libération de la zone de « Kulbus » à l’ouest du Darfour, puis la prise du mont Jebel Moon et l’approche des forces armées soudanaises de la ville d’El-Geneina, l’un des principaux bastions des Forces de soutien rapide, des plateformes médiatiques ont relayé la prise de la localité frontalière d’Oum Dafouk par les forces de la coalition « Séléka » affiliées au général Nourredine Adam, située géographiquement en face de la localité soudanaise du même nom.

 

Cette évolution sécuritaire peut s’interpréter de plusieurs façons :

 

  • Soit Khartoum a réussi à infiltrer le dossier « Armel Saïo », ce qui signifie l’échec des pressions exercées par les autorités de Bangui contre lui, notamment l’arrestation de plusieurs membres de sa famille et leur transfert dans différentes prisons. Cela indiquerait que ces pressions n’ont pas fonctionné face à la montée de l’alliance militaire pour le salut du peuple, liée à Saïo et soutenue selon Bangui par le Soudan.

 

  • Soit Khartoum n’a pas encore atteint un accord complet avec Bangui concernant la résolution du dossier de la zone PK5 en République centrafricaine. Tout comme Khartoum comprend la vision politique de Bangui considérant PK5 comme une zone économique stratégique, Bangui comprend également les dimensions sécuritaires et de renseignement reliant Khartoum aux groupes armés de cette zone.

 

  • Soit le CMSPR a commencé à reprendre ses activités, ce qui pourrait bouleverser l’équilibre sécuritaire et militaire à Bangui et au-delà. Cela rouvre le scénario de la « complémentarité des rôles ». Selon certaines académies françaises, lorsque les services de renseignement militaires soudanais ont supervisé les négociations de paix en Centrafrique en 2019, ils auraient conclu des accords avec certaines factions armées alliées visant à renforcer leur position future dans le pays. Cela expliquerait, selon une lecture africaine, l’accueil à Khartoum du chef de la coalition Séléka, le général Nourredine Adam, depuis la crise de Bangui de 2013–2014. Ce scénario implique une coopération entre la coalition militaire pour le salut du peuple (CMSPR), dirigée par Armel Saïo, et le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), dirigé par le général Nourredine Adam.

 

Le gouvernement soudanais dispose de nombreux atouts pour façonner une stratégie compatible avec son environnement régional, notamment en Afrique centrale et occidentale, s’étendant du Tchad à la région sahélienne. Selon moi, ce qui manque à Khartoum est une relecture approfondie des zones frontalières avec le Soudan du Sud et la République centrafricaine — notamment celles liées à l’ethnie Zandé — qui représentent des zones stratégiques permettant de renforcer son influence régionale.

 

L’administration du président Faustin Archange Touadéra est consciente du rôle que Khartoum peut jouer, soit pour renforcer sa sécurité nationale, soit pour la déstabiliser, C’est pourquoi une « stratégie de convergence et de coopération » avec le Soudan s’est imposée après l’échec du pari sur les Forces de soutien rapide. Bangui, comme d’autres pays voisins, subit les conséquences de la crise soudanaise sur sa sécurité intérieure, au point d’atteindre une forme d’« hésitation politique » dans plusieurs dossiers devenus préoccupants pour sa sécurité nationale.

 

Dr. Amina Al Arimi

Chercheuse émiratie en affaires africaines

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